mardi 27 mars 2012

Libor

En Suisse, Ganesh, sa begum et leur petit garçon se sont achetés une maison. Loin de la grande ville, dans un creux des montagnes du Jura, près des chemins d'une randonnée, pas trop loin d'une garderie. Une grosse somme à débourser, avec la mécanique complexe des prêts hypothécaires.

En France, rafales d'armes à feu. Hommes du RAID cagoulés de noir. Terroriste. Victimes. Union nationale. Minute de silence.

Prêt de premier rang, de second rang. Remboursement du capital, des intérêts. Taux fixe, taux variable.

Derrière le fait divers, les arrières-pensées de la présidentielle. L'immigration. L'insécurité. La blonde joue du menton. Le socialiste se tait. On suppute, on mesure, on lance des sondages pour mesurer l'effet de la tragédie sur la trajectoire de chacun.

Ganesh est joueur, capable de comprendre le système, d'en saisir les combinaisons, de jouer le jeu gagnant. Il choisit un prêt à taux révisé tous les trois mois, basé sur le Libor (London Inter bank offer rate), le taux de prêt interbancaire.

Derrière derrière le fait divers, le chômage (+35% depuis le début du quinquennat nerveux), des milliardaires, des valises de billet donnés au candidat de la République irréprochable.

Le Libor est le taux de référence, qui sert d'assise et de référence à toutes sortes produits dérivés, titrisés, prêts aux particuliers,  prix des cartes de crédit, jusqu'à la politique de certaines banques nationales. Le Libor est bas, il fluctue lentement comme une vague de fond de la finance, les remboursements du prêt hypothécaire seront moins élevés, sauf si le taux remonte par surprise. Ganesh est attentif, c'est un homme intelligent et inquiet.

A Genève le Temps ne parle pas du terroriste. Ni de la campagne, ni des sondages, ni du socialiste, ni de la blonde. Il titre sur le scandale financier du siècle, des milliers de milliards de dollars perçus indument. Sous prétexte de stabiliser l'économie, et dans la volonté de se donner une apparence de santé financière, dix-huit mégabanques mondiales ont manipulé le Libor, le maintenant artificiellement bas. Mais l'un des membres du club s'est dénoncé. Dans les bilans comptables des grandes banques, en petits caractères, à la page 83 et à la page 113, on dit la vérité. Enquête en cours, cartel, trust, manipulation. Sur les graphiques, les lignes de variations des taux tremblent, volatiles, prêtes à s'envoler comme un essaim d'oiseaux terrifiés.